Rabat & salé

Quand les voisines se taquinent


Chaque ville du Maroc tient son bouc émissaire : Les Brakna pour les Oujadas, les Rbatis pour les Casaouis, les Fassis pour tous les Marocains, tout le Maroc pour les Tangérois… et puis les Rbatis ne sont pas allés bien loin, et ont choisi leur voisins Slaouis.

C’est normal, un Rbati dirait qu’il n’y a vraiment rien à faire ou à voir à Salé (pendant que le Casaoui dirait que c’est l’hôpital qui se fout de la charité), et que la meilleure vue de Salé est celle qu’on a au bord du fleuve Bouregreg… sur Rabat… mais a-t-il raison ?

 

Rabat ville impérial et capitale du Maroc uniquement depuis l’indépendance (en 1956, mais Lyautey y instaura son siège dès 1912) héberge quelques monuments incontournables de l’époque Almohade (les Oudayas, la Tour Hassan) et Mérinide (la forteresse de Chellah), mais l’histoire de sa soeur aînée (Rabat fut connue pendant longtemps sous le nom de Salé-le-Neuf”) semble avoir été jetée aux oubliettes, et ses monuments (Medersa, le mausolée de Sidi Abdellah Ben Hassoun, la vieille médina) n’ont pas le succès de leur voisins R’batis.

 

Je vous embarque donc dans un récit (tout ce qu’il y a de plus subjectif) de ce qu’on peut faire en 2 jours dans la plus belle ville du Maroc, ma ville (Rabat) et celle de ma mère (Salé).

Rabat

On sait bien que les Casaouis ont raison quand ils nous disent qu’il n’y a rien à faire à Rabat et on les comprend quand ils se plaignent qu’ils s’ennuient, mais arrêtez d’insister, on ne vous l’avouera jamais en face ;)

En effet, 24h suffisent pour fait le tour de tous les landmarks incournables, et pourtant les R’batis ont une fierté de leur ville que peu “d’externes” peuvent comprendre. Alors, en exclusivité, je partage avec vous le secret de cet amour inconditionnel qu’on a pour notre ville, jusque là bien gardé et pourtant si évident : c’est le rythme de vie modéré, la propreté et les espaces verts, la proximité de la plage, la sécurité relative, qu’on trouve propice pour avoir une famille.

Donc si vous avez 24h à passer à Rabat, pour tuer le temps ou pour découvrir la vie, voilà ce que je vous recommande :

Musée MohameD Vi d'art moderne

Ma grande surprise de mon séjour chez mes parents en Décembre 2016, ce musée inauguré en 2014 qui accueillait l'exposition "Femmes, Artistes Marocaines de la Modernité, 1960-2016", et dont je vous présente un extrait ci-dessous :

Mausolée Mohamed V & la tour Hassan

Photos Crédits : Jack Jack - Mondancyclo

La construction de ce qui devait être la mosquée la plus grande au monde à l'époque des Almohades (12ème siècle) s'arrêta subitement à la mort du célèbre Sultan Yacub El Mansour.

Sur l'esplanade fut édifié le mausolée du roi Mohamed V à côté duquel sont enterrés ses 2 fils Moulay Abdallah et son frère Hassan II.

Les oudayas

La Kasbah fut à la base construite par les Almoravides et exploitée par les Almohades puis rénové au 18ème siècle par les Alaouites. C'est un des endroits les plus beaux et les plus paisibles de Rabat, particulièrement apprécié pour son "Café Maure" où l'on peut déguster un bon verre de thé avec une vue imprenable sur la vallée du Bouregreg.

Photos Crédits : Jack Jack 

La forteresse Chellah

Fondée sur un ancien comptoir Phénicien puis Carthaginois, la forteresse abrite une ancienne nécropole de la dynastie mérinide. Les R'batis affectionne particulièrement cet endroit qui accueille le festival "Jazz au Chellah" ainsi que certaines représentations du festival "Mawazine".

Photos Crédits : Tresor travels

La vieille medina

De Bab El Had à Bab Soufara, la médina de Rabat est un réel mélange de commerces pour locaux et pour touristes avec des commerçants de vêtements, matériel informatiques, mais aussi de produits artisanaux.

Photos Crédits :Thierry Hardy

Salé

En posant la question à n’importe quel R’bati (je peux meme extrapoler à la quasi-totalité des Marocains), il répondrait que Salé est la ville-dortoir de Rabat avec des loyers nettement plus bas, et hébergeant notamment sa prison et son hôptal psychiatrique.

On oublie que Salé a son histoire, sa fierté, ses monuments, sa médina et SON aéroport qu’elle prête volontiers à sa petite soeur Rabat. 

L'ancienne médina

Alors, si vous êtes suffisamment curieux pour vous décider de vérifier ce que je raconte, ou que vous êtes de passage et que vous avez envie de voir ce que cache Salé, il est indispensable que vous alliez vous perdre dans l’ancienne médina en commençant par Bab Sebta ou Bab Elkhemiss. Pour être honnête, la Medina de Salé est la plus authentique que j’aie visité : On n’y trouve pas vendeur de tapis ou de bougies parfumées, mais les artisans et autres commerçants y étalent une marchandise destinée à un marché local et pour une utilisation quotidienne.

Mausolée sidi abdellah ben hassoun

Abdellah Ben Hassoun (1515-1604) est le Saint-Patron de la ville de Salé, et le patron des cierges depuis que le roi de l'époque lui demanda d'organiser une procession de cierges à l'image de ce qu'il avait admiré à Istanbul. Son mausolée (Zaouiya) est vénéré par des milliers de disciples.

Contrairement à ce qu'on peut penser, la culture des Zaouiya est encore très développée au Maroc, et plusieurs croyants se rendent à ces édifices religieux en faisant des dons (en argent ou en nature) en guise de rédemption et pour demander aux Saints d'être leur intermédiaire pour demander le pardon divin.

Photos Crédits : TripAdvisor

PS : Les non-croyants (déclaratif) ne peuvent malheureusement pas y accéder.

 

La procession des cierges de salé

Chaque année, à l'anniversaire du prophète (Aid Al Mawlid), les descendants de Abdellah Ben Hassoun organisent un défilé de cierges (connu aussi sous le nom de 'Moussem' de cire) décorés au sein même du mausolée durant les mois précédents la cérémonies.

Après cet événement, les cierges sont conservés  au mausolée en attendant la procession de l'année suivante à la même période.

Lors du défilé, des groupes de musique de toutes les régions du Maroc viennent se produire devant le préfet et l'audience venue estimée à quelques dizaines de milliers de spectateurs chaque année.

La Médersa mérinide de salé

Bâtie au 14ème siècle près de la Grande Mosquée de Salé, pour l'enseignement coranique ainsi que pour héberger ses élèves qui viennent des régions éloignées.

Elle accueille chaque année le festival biennal de Karacena (pirates).

Photos Crédits : Voyageway

la république de salé

Peu de gens le savent, mais au 17ème siècle et pendant plus de 40 ans, les Corsaires de Salé (principalement des Musulmans arrivés d'Espagne après leur expulsion d'Andalousie par le roi Philippe III) ont proclamé leur indépendance sous la république de Salé, connue aussi sous le nom de la République du Bouregreg qui prospérait en attaquant des navires en mer méditerranée et dans l'océan Atlantique, jusqu'en Angleterre et en Islande.
PS : Ne cherchez pas ces informations dans les manuels d'Histoire Marocains, ces faits sont ignorés par tous les programmes de l'Éducation Nationale.